Comme chaque année, le 8 mars marque la Journée internationale des droits des femmes. Une date censée rappeler au monde l’urgence de défendre l’égalité, la justice et la dignité pour toutes les femmes. Pourtant, dans bien des cas, cette journée symbolique semble perdre son sens profond pour se transformer en une curieuse célébration faite de pagnes, de festivités et de discours creux.
Au lieu de porter un plaidoyer sérieux en faveur des droits fondamentaux des femmes, certaines autorités et personnalités préfèrent multiplier les distributions de pagnes. Comme si l’émancipation féminine se résumait à ce simple geste. Ainsi, ce qui devrait être une journée de revendication et d’action devient une sorte de « droit au pagne », substitut dérisoire au véritable droit des femmes.
Cette dérive interroge. Les ressources mobilisées pour ces opérations de ‘’popularité’’ pourraient pourtant être orientées vers des actions concrètes et durables. Dans une République démocratique du Congo où de nombreuses maternités manquent d’équipements essentiels, où des hôpitaux peinent à offrir des soins décents, l’investissement en faveur de la santé maternelle serait autrement plus utile que ces démonstrations de glorioles éphémères.
C’est ce jour où l’on devait penser à ces femmes oubliées de la justice, croupissant parfois derrière les barreaux sans défense ni assistance juridique. Leur offrir un accompagnement, un soutien judiciaire ou des conditions de détention plus humaines. Voilà un véritable acte de justice et de solidarité.
Mais au-delà des prisons et des hôpitaux, il existe une autre réalité souvent ignorée : celle des milliers de femmes qui survivent dans la périphérie de nos villes et dans nos villages, vivant de petits métiers précaires pour nourrir leurs familles. Celles-là ne réclament pas des pagnes d’apparat pour défiler un jour par an. Elles attendent plutôt des politiques publiques qui favorisent l’accès au crédit, à la formation et à des activités génératrices de revenus.
Les jeunes filles orphelines ou démunies dans nos écoles mériteraient également une attention particulière. Incapables parfois de payer leurs frais scolaires dans un monde de plus en plus compétitif et inégalitaire, elles risquent d’être les premières victimes de l’exclusion sociale. Investir dans leur éducation serait un geste autrement plus porteur d’avenir. Il en est de même de ces femmes mobilisées pour applaudir leurs bourreaux dans des partis politiques au prix dérisoire équivalent d’un verre de riz.
Or, paradoxalement, la journée censée défendre les droits des femmes se transforme souvent en une fête où une minorité d’élites féminines s’abandonne à une célébration tapageuse, vidant de sa substance l’esprit même du 8 mars. Entre slogans et réjouissances, l’éthique et la dignité de ce combat se diluent.
Au fil des années, le constat reste amer : beaucoup de bruit, mais peu de résultats palpables. Tant que le 8 mars restera une vitrine festive plutôt qu’un moment de réflexion et d’engagement, les droits des femmes continueront d’attendre leur véritable reconnaissance.
L’évidence à rappeler est simple : les femmes n’ont pas besoin de pagnes pour un jour. Elles ont besoin de justice, d’égalité et d’opportunités pour toute la vie.
Jeef Mwingamb