La capitale économique du Haut-Katanga a vibré ce samedi 14 mars 2026 au rythme de la rentrée politique de l’Alliance Nationale des Fédéralistes Kyunguistes (ANAFEK). Réunis au siège national du parti à Lubumbashi, militants et sympathisants sont venus nombreux écouter le président national, Lawrence Kyungu Kibw Kalalae, plus connu sous le surnom de Lolo.
Dans un discours dense et ponctué de boutades, fidèle à la tradition oratoire héritée de son père, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza, le leader de l’ANAFEK a passé en revue plusieurs sujets brûlants de l’actualité nationale et provinciale. Au cœur de son intervention : la nécessité de réformer la Constitution afin d’instaurer un véritable État fédéral en République démocratique du Congo, et ce directement par voie référendaire.
Le fédéralisme comme horizon politique
Devant une foule attentive, Lolo Kyungu n’a pas tourné autour du pot. Selon lui, le débat sur la réforme constitutionnelle ne doit plus être un sujet tabou. Tout en respectant l’actuelle Constitution qui doit conduire le pays aux échéances électorales de 2028, il estime indispensable d’ouvrir dès à présent la réflexion sur une nouvelle architecture institutionnelle.

Pour le président de l’ANAFEK, la République démocratique du Congo gagnerait à évoluer vers un modèle fédéral capable de rapprocher les centres de décision des réalités locales.
« Les décideurs doivent être proches des populations. Un État fédéral permettrait aux provinces de mieux gérer leurs ressources et de répondre plus efficacement aux besoins des citoyens », a-t-il expliqué sous les applaudissements nourris de l’assistance.
Il a d’ailleurs révélé que son parti, fidèle à sa vocation fédéraliste, a déjà entamé des consultations avec d’autres formations politiques partageant la même vision. Son souhait est de voir la mise en place d’une commission de réflexion intervenir dès la fin du mois de mars, conformément aux orientations évoquées récemment par le président Félix Tshisekedi à Kisangani dans la province de la Tshopo.
Soutien à la majorité présidentielle, mais critique de la gouvernance
Tout en réaffirmant son soutien au Président Félix Tshisekedi et l’appartenance inconditionnelle de l’ANAFEK à l’Union sacrée de la Nation, Lolo Kyungu n’a pas hésité à dresser un diagnostic sévère de l’administration publique congolaise, spécialement dans le Haut-Katanga son fief.

Il a dénoncé ce qu’il appelle ironiquement une « ponction publique », marquée par la concussion, les marchandages et d’autres antivaleurs qui gangrènent l’appareil administratif. Selon lui, ces pratiques privent l’État et les provinces de ressources essentielles à la mise en œuvre de politiques publiques efficaces.
Dans le même registre, il a fustigé la multiplication anarchique des services publics sur le terrain, souvent à l’origine de tracasseries et d’une insécurité administrative permanente pour les citoyens et les opérateurs économiques.
« Une administration bourrée d’antivaleurs ne peut pas servir la population. Elle sert plutôt des intérêts privés au détriment du bien commun », a-t-il martelé.
Il s’est également montré particulièrement critique à l’égard de l’état des infrastructures routières dans la province, pointant du doigt l’inefficacité de certains services techniques censés assurer l’entretien du réseau routier. L’Office des voiries et drainage (OVD) en tête où le directeur provincial se passe pour un chef coutumier enraciné.
Appel à soutenir le gouverneur Martin Kazembe Shula
Abordant la situation politique dans le Haut-Katanga, le jeune turc et président national de l’ANAFEK a toutefois salué l’harmonie institutionnelle qui prévaut actuellement entre l’exécutif provincial et l’organe délibérant en province.

Selon lui, cette entente constitue une base importante pour la stabilité politique de la province. C’est dans cet esprit qu’il a lancé un appel aux députés provinciaux afin qu’ils autorisent rapidement le gouverneur Martin Kazembe Shula à constituer son gouvernement.
Pour Lolo Kyungu, deux raisons majeures justifient cette démarche : la stabilité des institutions provinciales et la consolidation des acquis déjà enregistrés.
« Si cela ne dépendait que de moi, cela devrait se faire illico presto », a-t-il lancé avec son franc-parler habituel, estimant que l’absence d’un gouvernement pleinement constitué laisse le champ libre à certains ministres intérimaires qui, selon lui, passent plus de temps à intriguer qu’à travailler.
Une verve oratoire héritée de Baba Kyungu
Pendant plusieurs heures, sous un soleil de plomb qui n’a pas découragé les militants – et avec la complicité d’une pluie finalement absente – Lolo Kyungu a captivé son auditoire par une intervention ponctuée de métaphores, de quolibets et de traits d’humour.
Le « jeune pachyderme », comme certains de ses partisans aiment le surnommer, a une fois de plus démontré qu’il est l’héritier politique de Baba Kyungu, non seulement par le nom mais aussi par la verve oratoire et le sens de la formule. Ce qui manque à bien d’acteurs politiques qui ne font des foules grâce à l’argent comme appât, mais sans message convainquant.

Cette rentrée politique s’est finalement achevée dans une ambiance festive et mobilisatrice. Plusieurs nouvelles adhésions ont été enregistrées, signe que le projet politique porté par l’ANAFEK continue de susciter un intérêt croissant dans l’espace katangais.parmi les nouveaux adhérents figurent les fondations Belly Bitota, Djo Kisenga, les Amis de Samy Kazadi et les Femmes fortes de la Ruashi.
Entre plaidoyer pour le fédéralisme, critique de la gouvernance publique et appel à la stabilité institutionnelle dans le Haut-Katanga, Lolo Kyungu aura ainsi donné le ton d’une année politique qui s’annonce particulièrement animée.
Jeef Mwingamb