A Fungurume dans la province du Lualaba, l’évasion éclair d’un présumé bandit armé, quelques heures seulement après son arrestation, a mis le feu aux poudres. Pour la société civile, il ne s’agit pas d’un simple incident, mais d’un scandale révélateur : celui d’une possible collusion entre forces de l’ordre et réseaux criminels. Excédée par une insécurité persistante et des réponses jugées complaisantes, la population hausse le ton et met les autorités face à leurs responsabilités.
Dans la chefferie de Bayeke, la société civile rompt le silence et interpelle frontalement les autorités politico-administratives suite à cette évasion jugée hautement suspecte.
Les faits remontent dans la nuit du 5 au 6 avril 2026. Vers minuit, un présumé bandit à main armée est arrêté au domicile de Madame Annie Mobwa, secrétaire de la commune. Ses complices, en revanche, réussissent à prendre la fuite et poursuivent leur série d’attaques dans au moins cinq habitations du même quartier.
Sur le moment, cette interpellation suscite un espoir réel. Pour de nombreux habitants, elle représente une opportunité rare de remonter la filière d’un réseau criminel tristement connu pour des cambriolages violents, des agressions et même des cas de viol. Mais cet espoir ne survivra pas à la journée.
Une version officielle qui ne convainc personne
Le même jour, aux alentours de 18 heures, la police annonce l’évasion du suspect de son lieu de détention. Une explication immédiatement rejetée par les acteurs de la société civile.
« Faux ! », dénoncent-ils sans détour. Pour eux, il ne s’agit pas d’une fuite, mais d’une libération orchestrée pour éviter que le suspect ne révèle d’éventuelles complicités internes aux services de sécurité.
Cette version alternative trouve un écho grandissant au sein de la population, déjà profondément méfiante. L’idée d’une police inefficace ne suffit plus : c’est désormais celle d’une police complice qui s’installe dans les esprits.
Une rupture de confiance consommée
Dans une déclaration ferme adressée aux élus du territoire de Lubudi — qu’ils soient basés à Kolwezi ou à Kinshasa, les forces vives de Fungurume et de la chefferie de Bayeke expriment leur colère et leur désillusion.
Elles affirment avoir perdu toute confiance en une police qui, selon leurs termes, « démontre à la fois son incapacité et sa complicité face à une insécurité persistante ». Plus grave encore, la situation sécuritaire est perçue comme étant entretenue par ceux-là mêmes qui ont la mission de protéger la population.
Un ultimatum ou mieux un avertissement
Face à ce qu’elles qualifient de provocation de trop, les organisations citoyennes lancent un ultimatum : le suspect doit être retrouvé et présenté à la population dans un délai de 24 heures.
Pour elles, cet homme n’est pas un simple suspect, mais une pièce clé susceptible de permettre le démantèlement d’un réseau criminel actif dans la région.
Faute de réponse rapide et concrète, le ton monte dangereusement. Les signataires préviennent qu’ils pourraient considérer les autorités provinciales et les élus de Lubudi, comme des « ennemis de la communauté ».
Une crise sécuritaire devenue crise politique
Au-delà de cet épisode, l’affaire révèle une fracture profonde entre la population et les institutions de sécurité. Elle pose, avec acuité, la question de la responsabilité politique dans la gestion de l’insécurité.
A Fungurume comme dans la chefferie de Bayeke, l’insécurité ne relève plus seulement du maintien de l’ordre. Elle devient un symptôme d’une gouvernance défaillante des autorités locale, capable d’éroder durablement la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants sur place. La cheffe de l’exécutif provincial devra très vite procéder aux interpellations.
Car son silence risquerait d’alimenter davantage une colère déjà à son comble.
G. Wakunonda