GÉCAMINES : CHRONIQUE D’UN NAUFRAGE ORGANISÉ

Gestion opaque, conflits d’intérêts, chute de production et dérives budgétaires… Un rapport parlementaire accablant dresse le tableau d’un effondrement orchestré au cœur de la plus grande entreprise minière publique congolaise.

Kinshasa – Juin 2025. Autrefois pilier de l’économie nationale, la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines) traverse une crise profonde aux allures de faillite programmée. C’est ce que révèle un rapport explosif d’une mission parlementaire, dépêchée à Lubumbashi et Kipushi du 16 au 23 mai 2025, dont les conclusions sont sans appel : la Gécamines est victime d’une gouvernance erratique, de conflits d’intérêts, et d’une gestion patrimoniale hasardeuse.

Une entreprise sans boussole : zéro budget, zéro cap

Première alerte du rapport : la Gécamines fonctionne sans budget annuel ni planification stratégique. Une anomalie gravissime pour une société de cette envergure, qui révèle un système de gestion improvisé où règnent flou et opacité. Résultat : les finances sont pilotées « à vue », offrant un terreau fertile à toutes les formes de malversations.

Production minière : de leader à figurant

Les chiffres sont éloquents : de 25 000 tonnes de cuivre produites en 2019, la production est tombée à 1 500 tonnes en 2024. Le cobalt, pourtant stratégique, est aux abonnés absents. Des choix d’investissement déroutants (125 millions USD dans une minoterie, 43 millions pour deux tours jumelles) ont précipité le déclin.

Le « traitement à façon » (TAF), présenté comme une solution miracle, s’est soldé par une perte sèche de 47 millions USD. Pendant ce temps, des entreprises privées en joint-venture avec la Gécamines enregistrent des bénéfices record – dont les retombées échappent largement à l’État congolais.

Contrats opaques, conflits d’intérêts : un système verrouillé

Le rapport lève le voile sur un réseau de contrats conclus sans approbation du conseil d’administration, notamment avec la société Malabar Business, accusée de surfacturation et de proximité suspecte avec des cadres dirigeants.

Plus inquiétant encore, certains membres de la direction détiendraient des parts dans des entreprises partenaires(SIMCO, STL, ZTS), en totale contradiction avec les règles élémentaires de gouvernance.

Où est passé l’argent ?

Malgré sa faible production, la Gécamines perçoit encore des royalties, dividendes et compensationsvia ses participations. Pourtant, aucun bilan sérieux n’est disponible. Des dizaines de millions de dollars disparaissent dans une comptabilité sélective, et les rapports d’audit sont systématiquement ignorés ou bloqués.

Silence des autorités, colère grandissante

Face à ces révélations, le silence du gouvernement congolais est assourdissant. Ni le ministre des Mines, ni celui du Portefeuille n’ont réagi, malgré l’ampleur du scandale. Une attitude qui alimente la colère du personnel dont le traitement salarial ne s’est guerre amélioré et d’une population déjà exaspérée par la dilapidation systématique des ressources nationales.

Une faillite orchestrée ?

À travers ce naufrage, c’est une part de la souveraineté économique de la RDC qui s’effondre. Le rapport parlementaire appelle à une refondation complète : audit international, reddition des comptes, poursuites judiciaires et restitution des avoirs détournés.

Sans une réaction forte, la Gécamines pourrait rejoindre la longue liste des entreprises publiques sacrifiées sur l’autel de l’impunité. Et avec elle, l’espoir d’un modèle de gestion publique vertueuse au service du développement national.

In fine, l’on constate sans désemparé que la Gécamines SA est aujourd’hui un géant minier à l’agonie. Les symptômes réels de ce malade sont les suivants :

  • L’absence de budget et planification, d’où un pilotage à vue ;
  • La chute vertigineuse de la production passant de 25 000 à 1 500 tonnes de cuivre l’an ;
  • Les investissements hors mission, tels que la minoterie, la réhabilitation des tours jumelles ;
  • Les contrats opaques favorisant des conflits d’intérêts ;

Malgré ce cri d’alarme, on assiste à une sorte d’omerta coupable de la part des autorités au niveau de Kinshasa. La commission parlementaire comme la société civile locale appellent à une réforme radicale pour sauver ce qui reste à sauver.

Une seule question mérite d’être posée : la Gécamines survivra-t-elle à ce choc ? La réponse appartient désormais à l’État Congolais, à la justice, et à la volonté politique de rompre, enfin, avec le cycle des scandales étouffés.

Betunga Nkeka

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