Lubumbashi – 19 août. La recomposition du pouvoir provincial a démarré sans coup férir. Elle se fait à pas feutrés mais avec des secousses visibles. Après bientôt un mois de silence sur le sort du gouverneur suspendu élu, mais Jacques Kyabula Katwe, l’administration intérimaire vient de frapper un grand coup dans le circuit de dépenses publiques. Paul Kanswe Kasongo, ancien patron de la Direction provinciale du trésor et ordonnancement (DPTO), a été notifié ce 18 août 2025, et son remplacement son remplacement s’en a suivi illico presto. Aucun motif officiel ne lui est reproché dans lettre lui adressée par le gouverneur a.i Kazembe Shula Martin. Il est seulement signifié d’être mise à disposition de la direction de la fonction publique provinciale (DFPP). Le départ est bien réel.
Un départ qui semble imposé, sans explication
La notification transmise à Kanswe Kasongo Paulne mentionne aucune faute. Pourtant, elle intervient quelques jours seulement après la décision du gouverneur intérimaire Martin Kazembe, interdisant tout engagement de fonds sans son aval. Une mesure censée « rationaliser » la gestion, alors que la province croule sous des engagements financiers envers des tiers.
« La priorité est d’établir une stratégie pour honorer les dettes déjà contractées », glisse un proche du cabinet intérimaire.
Mais en coulisse, il se dit bien des choses, selon les sources bien introduites. Il est connu de tous que pareil poste n’est souvent occupé que par un homme de confiance qu’a été l’ancien directeur proche de Jacques Kyabula qui fut son adjoint à la direction de passation des marchés publics. Martin Kazembe pense y placer aussi un homme de mèche. Le choix est tombé sur Bwale Chembo Chrispin, un ancien Chef de bureau à la DRHKAT.
Outre cet aspect stratégique, deux faits majeurs seraient reprochés à l’ancien directeur de la DPTO : la maîtrise des comptes parallèles qu’il gérait en ombre avec le gouverneur en suspension. Là il y aurait certainement beaucoup des cadavres dans le placard [nos limiers y reviendront]. Un autre forfait qui paraît plausible, à en croire la source, on l’accuse de rester loyal à Jacques Kyabula à qui il continuerait à payer tous les avantages dus à son rang sans l’aval de l’intérimaire, pourtant frappé par la suspension.
Sur les réseaux sociaux, les détracteurs de Martin Kazembe n’ont pas tardé et pensent que le choix de Chrispin Bwale est politiquement explosif. Le nouveau promu est présenté comme militant actif d’Ensemble pour la République, le parti cher au chairman Moïse Katumbi. Et donc, un dribling fait à l’UDPS/Tshisekedi. Il serait originaire de Kashobwe, ce qui fait craindre dans le sérail de sa neutralité à servir correctement. Reste à vérifier.
Son arrivée à la tête du DPTO, poste hautement stratégique dans la gestion des finances publiques, suscite un mélange de curiosité, d’inquiétude et de suspicion.
Entre technique et politique : quel vrai agenda ?
Officiellement, il s’agit d’un réaménagement destiné à redonner de la rigueur budgétaire. Mais dans les coulisses, beaucoup y voient une manœuvre politique. Plusieurs députés provinciaux proches de Katumbi ont déjà apporté leur soutien à Bwale, ouvrant la voie à une gestion plus favorable à leur parti politique. Peut-être des simples suspicions !
Vers la fin du système Kyabula ?
La nomination de Bwale apparaît donc comme une double rupture : rupture avec l’héritage Kyabula, rupture avec l’équilibre de cohabitation politique instauré depuis 2019. Un autre cas auquel nombreux observateurs ne font attention est le remplacement du secrétaire de cabinet du gouverneur, Louis Tshishimba par Mme Françoise Minda qui avait récemment assumait l’intérim du Chef de division urbaine à la mairie de Lubumbashi.
Le flou autour de la suspension de Jacques Kyabula continue à nourrir des spéculations. Mais une chose devient de plus en plus évidente : chaque décision du gouverneur intérimaire redessine les rapports de force.
L’éviction discrète de Kanswe Kasongo Paul, le remplacement de Louis Tshishimba et l’ascension fulgurante de Bwale Chrispin sonnent comme le début d’un nouvel ordre politique dans le Haut-Katanga. Indéniablement, la province avance lentement à visage découvert vers une rupture avec l’ère Kyabula.
G. Wakunonda