Lubumbashi : une maison de presse scellée dans un conflit successoral qui ne la concerne pas

Lubumbashi – Le vendredi 29 août dernier, la parcelle sise au numéro 805 de l’avenue Mama Yemo, en face du bâtiment Hypnose en plein centre-ville de Lubumbashi, a été scellée par décision du Tribunal de paix de Lubumbashi-Kamalondo. Une mesure prise dans le cadre du conflit successoral opposant la famille ‘’KAGA’’, dossier enregistré sous le numéro RMP/ 10679/PPTPO/025/1/1/JKM.

Mais au-delà des héritiers en litige, c’est une maison de presse portant le nom de Mines et Industries qui voit sa rédaction et sa direction être scellées, ainsi que d’autres compartiments de l’EPEE, Etude pour la promotion des entreprises, établissement multi services auquel elle appartient.

Il s’agit d’une paralysie brutale et complète injuste d’une maison commerciale, sans notification préalable, sans possibilité de poursuite de ses activités. Ce qui est anormal dans un Etat de droit.

Une atteinte grave à la presse

Empêcher une maison de presse de travailler, c’est toucher au droit fondamental d’informer, au moment même où la société congolaise a besoin de plus de transparence et de débats publics. « Nous sommes locataires en règle, nous payons nos loyers et nos impôts. Pourquoi nous punir pour un conflit qui ne nous concerne pas ? », s’indigne un responsable de la rédaction.

Chaque jour de fermeture représente non seulement un manque à gagner économique, mais aussi une perte d’information pour les citoyens. La presse n’est pas une entreprise comme les autres : elle est un pilier de la démocratie. La réduire au silence par des mesures judiciaires disproportionnées, c’est risquer d’installer un dangereux précédent.

Des juristes dénoncent un excès de pouvoir

Pour Me Aimé K., avocat au barreau de Lubumbashi : « Le scellé devait viser les héritiers en litige et non des tiers de bonne foi. Le droit protège les locataires réguliers. Ici, la justice semble avoir oublié que l’on ne peut pas étendre un conflit successoral aux occupants sans titre ni cause. »

Me Chantal M., est allée plus loin en déclarant que : « La presse est protégée par la Constitution. La fermer par ricochet d’un litige familial, c’est une atteinte à la liberté d’expression et au droit à l’information. »

Un acteur de la société civile du Haut-Katanga, tout en tirant la sonnette d’alarme, a dénoncé un « abus grave ». Selon lui, « Ce type de décision met en péril le climat des affaires pour des PME et la démocratie. Aujourd’hui, c’est une maison de presse, demain, cela peut être n’importe quelle entreprise. »

Un signal inquiétant

Cette affaire interroge sur la manière dont la justice congolaise gère les conflits successoraux et surtout sur le respect dû aux tiers innocents. Peut-on accepter qu’une maison de presse soit réduite au silence par un excès de zèle judiciaire ?

Au moment où le pays se veut engagé dans la consolidation démocratique, une telle mesure sonne comme un contre-exemple. Les autorités judiciaires ont la responsabilité d’y remédier, faute de quoi la confiance des citoyens et des investisseurs risque de s’éroder davantage.

Affaire à suivre.

L’œil du Jaguar

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