Kolwezi – Deux jours de chaos à Luilu : entre colère sociale et défi sécuritaire

La cité Gécamines Luilu, à une vingtaine de kilomètres de Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, a connu deux jours de violences sans précédent. Pillages, destructions de commerces, attaques contre des infrastructures scolaires et sanitaires, paralysie générale : un climat de guerre urbaine a secoué cette cité minière.

A l’origine de ces troubles, une confrontation sanglante entre les forces de sécurité de la société minière Kamoto Copper Company (KCC) et un groupe de jeunes marginaux, identifiés localement comme des shégués ou kuluna. Mais au-delà de l’affrontement, ces événements révèlent un malaise profond où se mêlent précarité sociale, défi sécuritaire et absence de repères institutionnels.

Durant deux jours du 28 au 29 septembre, une bande des jeunes délinquants armée de machettes, pierres et bâtons a tenté de forcer l’accès aux installations de l’entreprise KCC, dans l’objectif de s’emparer illégalement de produits miniers. Ces malfrats sont venus de faubourg nommé Tshamundenda et ne seraient pas à leur premier forfait.

La réaction des forces de sécurité de l’entreprise, appuyées par la police nationale, a été immédiate. Un affrontement violent a éclaté, au cours duquel l’un des meneurs du groupe a été abattu. Le De Cujus, un garçon de 24 ans répondant au nom de Patrick Tshimbumbu.

Ce décès a agi comme une étincelle : la colère des jeunes s’est aussitôt transportée vers la cité voisine de Luilu.

Destruction et paralysie dans la cité

Avec le corps de leur camarade, les assaillants se sont dirigés vers la morgue de Luilu. Mais en chemin, ils ont semé la terreur en pillant de magasins, boutiques et dépôts de vivres, en terrorisant les élèves dans une école maternelle et une station-service [appartenant au Groupe Petro Sil située au rond-point  Tshamundenda], et en violentant des habitants pris au piège.

Pendant près de 48 heures, toute activité économique et sociale a été paralysée. « On n’avait jamais vu ça ici. On avait peur de sortir. Même la police semblait dépassée », témoigne un commerçant de la place.

Un deuxième épisode au centre de santé

Alors que la situation semblait sous contrôle grâce à l’intervention conjointe de la PNC et des FARDC, le mardi 30 septembre en début d’après-midi, les violences ont repris.

Cette fois, le groupe a pris pour cible le centre de santé Gécamines Luilu, accusant faussement les gestionnaires de la morgue d’avoir fait disparaître le corps de leur camarade. Patients et personnel soignant ont été terrorisés.

Un révélateur de fractures sociales

Derrière les machettes et les pillages, c’est toute une jeunesse en détresse qui s’exprime. La pauvreté chronique, le chômage massif et l’absence de perspectives dans les anciennes cités minières alimentent un climat explosif.

Ces jeunes, marginalisés et sans repères, trouvent dans la violence un moyen d’exister et de défier l’ordre établi. « Ce ne sont pas seulement des bandits, ce sont aussi des enfants perdus du système », explique un sociologue de Kolwezi.

Un défi sécuritaire pour l’État et les entreprises

Face à ces violences, les forces de sécurité ont démontré une certaine réactivité, mais aussi leurs limites. Primo, l’entreprise minière KCC, qui gère des installations stratégiques, se retrouve en première ligne d’un conflit qui dépasse son périmètre industriel. Secundo, la PNC et les FARDC ont réussi à ramener le calme, mais au prix de tensions avec la population, qui accuse parfois les forces de l’ordre d’usage excessif et disproportionnel de la force.

La question de la coordination entre sécurité privée et sécurité publique reste posée.

Entretemps, un climat de méfiance et d’incertitude s’installe. La disparition présumée du corps du meneur tué, jamais officiellement éclaircie, a contribué à nourrir les rumeurs et à exacerber la colère populaire. Ce silence institutionnel alimente la méfiance des habitants vis-à-vis de l’État et de ses relais locaux.

Les violences de Luilu ne sont pas un simple fait divers : elles mettent en évidence une fracture sociale profonde. D’un côté, des jeunes marginalisés, sans avenir, qui transforment leur frustration en violences collectives. De l’autre, des forces de sécurité débordées, oscillant entre répression et impuissance, dans un contexte où les entreprises minières deviennent malgré elles des cibles.

Si rien n’est fait pour répondre à la fois au malaise social et au défi sécuritaire, Luilu risque de n’être qu’un épisode annonciateur d’autres crises dans les cités minières du Lualaba.

Récit de Chance Kankonde Vumilia, correspondante

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