Le scénario se répète, encore et encore. Malgré l’accord conclu à Washington le 27 juin dernier, censé ouvrir une nouvelle ère de détente, Kinshasa et Kigali semblent s’enfermer dans un face-à-face stérile. Chacun campant fermement sur sa position. Ils s’accusent mutuellement, bloquant ainsi tout progrès concret vers la paix.
Du côté congolais, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, assure que la RDC « respecte ses engagements » et rappelle les appels répétés adressés aux FDLR pour qu’ils déposent les armes. Elle renvoie Kigali à ses propres obligations :
« Si le Rwanda veut réellement tourner la page des FDLR, il doit aussi créer les conditions nécessaires. ». Cette position de Kinshasa l’affaiblit, estiment certains observateurs. Il s’agit d’une corde qu’il se met au cou sans le savoir, dans la mesure où les FDLR semblent ne pas être maîtrisables.
La cheffe de la diplomatie congolaise souligne que les rebelles hutus exigent un dialogue direct avec Kigali. Kigali de son côté, rejette catégoriquement cette option.
Dans cette atmosphère de méfiance réciproque, la rencontre annoncée entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, censée intervenir « dans les prochains jours », apparaît désormais très compromise, si pas hypothétique. A Kigali, le ministre rwandais des Affaires Etrangères, Vincent Nduhungirehe relativise d’ailleurs l’urgence d’un tel face-à-face. Pour lui, rappelle-t-il : « la paix est déjà signée » et qu’il faut, avant tout, « appliquer ce qui a été convenu ».
Cette nouvelle passe d’armes médiatique illustre l’impasse diplomatique actuelle entre les deux voisins en conflit. Chacun tente d’imposer sa version des faits sur la scène internationale, mais sur le terrain, rien ne change vraiment. Les combats se poursuivent dans l’est de la RDC. Les rebelles de l’AFC/M23 ‘’continuent à progresser’’, a affirmé dernièrement Thérèse Kayikwamba dans une interview. Les populations civiles continuent de payer le prix le plus lourd, loin des déclarations, des micros et des promesses fallacieuses.
FARDC – Wazalendo : les fissures au front
Alors que Kinshasa et Kigali s’enlisent dans un dialogue stérile, un autre front s’effrite : celui censé unir les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les groupes d’autodéfense Wazalendo face au M23. Sur le terrain, cette alliance de circonstance montre ses limites. Plusieurs factions Wazalendo accusent l’armée de les abandonner en première ligne, tandis que les FARDC dénoncent des milices devenues incontrôlables, menant des offensives improvisées qui brouillent toute coordination militaire.
Dans des localités comme Masisi et Rutshuru, ces tiraillements fragilisent dangereusement le dispositif défensif. Certains Wazalendo reprochent ouvertement aux FARDC un manque d’appui logistique, tandis que des officiers congolais s’inquiètent d’un glissement vers une mosaïque de forces parallèles, aux agendas parfois communautaires plutôt que nationaux.
Cette fracture interne intervient au moment le plus sensible, alors que Kigali et Kinshasa peinent à relancer un quelconque processus politique crédible. Comme conséquence, l’ennemi avance, le front se fragilise et les populations civiles, déjà prises en étau entre le M23 et les bombardements, paient le prix d’un système de défense en pleine désarticulation.
G. Wakunonda