Haut-Katanga – Insécurité : les hommes en uniforme au banc des accusés

Du 1er au 8 décembre 2025, Lubumbashi et plusieurs localités du Haut-Katanga ont traversé l’une des semaines les plus sombres de ces derniers mois. Vandalisme, extorsions, violences politiques, bavures militaires et assassinats ciblés : un véritable effondrement sécuritaire documenté dans le rapport de la Gouvernance sécuritaire du Cadre de concertation de la société civile. Le point culminant : l’assassinat atroce d’Alain Yav Nchakal, ancien directeur de la CNSS, abattu à son domicile dans la nuit du 7 au 8 décembre par des militaires qui seraient identifiés.

Une insécurité diffuse, violente et incontrôlée

La société civile décrit une spirale d’actes criminels qui ont touché plusieurs communes de la capitale cuprifère : vols, extorsions et vandalisme perpétrés notamment par des enfants en rupture familiale, mais aussi des violences attribuées à des combattants de partis politiques proches de l’Union sacrée. A cela s’est ajoutée une succession d’agressions armées commises par ceux-là mêmes censés protéger la population.

Assassinat d’Alain Yav Nchakal : un tournant glaçant

L’élément qui a plongé la province dans la stupeur reste le meurtre d’Alain Yav Nchakal.
Selon la société civile, un groupe de militaires s’est introduit dans son domicile avant de l’abattre froidement. Cette exécution, décrite comme « ignoble, lâche et préméditée », confirme le niveau alarmant de dérive et d’indiscipline au sein de certaines unités de l’armée congolaise. Une affaire qui soulève de graves interrogations sur les motivations et les commanditaires potentiels.

Le meurtre de Landry Mbuyi, une bavure de trop

Quelques jours plus tôt, dans la nuit du 4 au 5 décembre, Landry Mbuyi, 27 ans, était abattu devant sa résidence sur l’avenue Mulumbwe, quartier Tshamalale. L’auteur, un militaire en tenue FARDC, s’est volatilisé.

Pour la société civile, ce drame s’inscrit dans une série inquiétante : des civils pris pour cibles, sans raison valable, par des agents de sécurité incontrôlés.

Une succession de morts qui scandalise l’opinion

Le rapport de la Gouvernance sécuritaire met en lumière plusieurs autres cas graves, en l’occurrence :

  • Une femme tuée au camp Vangu lors d’un conflit conjugal impliquant un militaire ;
  • Une passante abattue au quartier Bel’air, simple victime collatérale ;
  • Un jeune d’environ 16 ans fauché par une balle dans le groupement Katanga, sur fond de querelles coutumières ;
  • De nombreux autres cas encore non élucidés.

Pour une province non en guerre, le nombre de morts par balle est proprement sidérant.

Un malaise profond : incompétence, impunité ou messages codés ?

Face à cette hécatombe, la société civile pose une question dérangeante :
S’agit-il d’un simple déficit de formation ou d’un comportement dicté par des ordres non avoués ?

Le rapport met en cause une perte de contrôle inquiétante des autorités sur les porteurs d’armes, laissant planer le doute sur d’éventuelles complicités ou influences occultes.

L’État rappelé à ses obligations constitutionnelles

La Constitution impose à l’État de garantir la sécurité des personnes et de leurs biens, de maintenir l’ordre public et de contrôler strictement ses forces armées. Pour la société civile, la rupture entre ces obligations et la réalité du terrain est désormais flagrante.

Le silence des autorités n’est plus acceptable, prévient le Cadre de concertation. Les citoyens veulent des enquêtes sérieuses, des sanctions exemplaires et la fin de l’impunité.

« Gouverner, c’est protéger. Si vous êtes réellement au service du peuple, la loi doit primer. Sinon, chaque décès deviendra votre propre bilan mensuel », avertit la société civile.

Un sursaut institutionnel devenu urgent

Parmi ses recommandations, la société civile appelle à :

  • Un contrôle rigoureux et permanent des unités armées ;
  • La neutralisation et l’encadrement strict des milices et combattants instrumentalisés par des partis politiques ;
  • Une éducation civique obligatoire pour les formations politiques ;
  • Le réarmement moral des forces de sécurité ;
  • La reprise en main ferme des conseils urbain et provincial de sécurité.

« Il n’y a pas de mauvaises troupes, seulement de mauvais chefs », rappelle la société civile, exigeant un leadership responsable avant que la situation ne devienne incontrôlable.

L’œil du Jaguar [Source : Gouvernance sécuritaire du Cadre de concertation de la société civile du Haut-Katanga]

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