A Lubumbashi, la montée inquiétante du phénomène des enfants en rupture familiale ou ‘’Shegués’’, continue de défier les autorités urbaines. Ils sont souvent très jeunes et de plus en plus violents, ces inciviques menacent souvent la quiétude des lushois sous les regards indifférents des agents de l’ordre et la négligence des autorités. Ce mercredi 3 décembre 2025, la maire ad intérim, Joyce Tunda Kazadi, a lancé une vaste opération visant à éradiquer la présence publique des groupes d’enfants en rupture familiale. Un dispositif de sécurité renforcé a été mobilisé, marquant une volonté politique affichée.
Selon l’Hôtel de ville, les enfants interpellés seront orientés vers le centre de formation professionnelle du Service National à Kanyama Kasese, censé offrir un encadrement, une formation et une possibilité de réinsertion socio-économique appréciable. Cette approche, déjà expérimentée par le passé, avait toutefois montré ses limites faute d’une bonne planification, de suivi, de financement durable et de coordination institutionnelle. Cette crainte est aussi observée avec la présence persistante des ‘’Shegués’’ dans leurs endroits habituels, malgré l’opération lancée avec tambour battant.
Pourtant, l’initiative offre plusieurs atouts, parmi lesquels l’urgence sécuritaire réelle à laquelle l’opération répond suite aux agressions, rackets, vols à main armée impliquant parfois des mineurs. Mais aussi, le fait de viser la réinsertion sociale, plutôt que de procéder à la simple dispersion par les policiers. Cela peut être considéré comme un progrès dans la philosophie d’intervention. En outre, l’initiative de Joyce Tunda remet sur la table un débat longtemps marginalisé. Il s’agit de la responsabilité de l’État dans la protection de l’enfance.
Cependant, l’on décrie, l’inefficacité de l’opération que l’autorité devra chercher à comprendre la faille. Malgré l’ambition affichée par la maire a.i, l’opération révèle des fragilités structurelles, en l’occurrence, un manque chronique de cadre légal spécifique que le législateur n’a jamais élaboré sur la protection des enfants en rupture familiale. Ce vide juridique complique toute action durable. D’aucuns le savent qu’il y a un passé d’échecs répétés des initiatives précédentes – tant municipales que provinciales. Dans les coulisses, on évoque souvent le manque de moyens, d’accompagnement psychosocial ou de politique de suivi post-encadrement.
Il faudrait aussi l’avouer que les autorités politico-administratives, judiciaires et policières ont toujours affiché un certain laxisme institutionnel. Elles optent souvent pour des interventions sporadiques, parfois purement cosmétique, sans stratégie globale. Les lushois se demandent si ça sera encore le cas cette fois-ci ? D’où la crainte d’un calcul politique de la part de Mme Joyce Tunda récemment réhabilitée après une longue cacophonie politico-judiciaire. Cela pourrait être du pur populisme si l’initiative n’est pas suivie d’un programme solide, transparent et durable, soulignent certains observateurs.
Un chantier profondément social
Quant aux causes, ce chantier est indéniablement et profondément social. Les experts s’accordent sur l’origine multifactorielle du phénomène, à savoir : la rupture familiale, la pauvreté extrême des parents, la perte de repères dans certains coins du pays sans débouché, l’absence d’espaces éducatifs et de loisirs, mais aussi la stigmatisation sociale. Il faille donc une politique publique cohérente pour que l’éradication de ce phénomène soit durable. Sinon, il restera un mirage.
Tout en saluant la volonté et le courage de Joyce Tunda, l’opération qu’elle vient de lancer une stratégie provinciale intégrée de protection de l’enfance. Encore faudra-t-il éviter les erreurs du passé et transformer l’initiative ponctuelle en véritable politique publique.
L’œil du Jaguar