La démission de l’ex gouverneur Jacques Kyabula Katwe n’a pas mis fin à la crise politique que traverse actuellement le Haut-Katanga, à en croire Laurence Kyungu. Pour l’analyste sociopolitique et Pr2sident national de l’ANAFEK, Lolo Kyungu, ce départ révèle au contraire la profondeur des fractures qui minent désormais la gouvernance provinciale et les rapports entre les principales forces politiques de la province.
Dans sa réflexion, Lolo Kyungu estime que le Haut-Katanga vivait déjà depuis plusieurs mois une situation institutionnelle préoccupante. L’absence prolongée du gouverneur, convoqué à Kinshasa avant sa démission, avait progressivement installé, selon lui, une forme de gouvernance provisoire devenue politiquement inconfortable.
A ses yeux, l’intérim ne peut constituer une solution durable alors qu’il reste encore plus de deux années de mandat à couvrir. L’analyste et acteur politique considère qu’une province aussi stratégique sur les plans économique, politique et minier ne peut fonctionner longtemps dans une zone d’incertitude institutionnelle sans fragiliser davantage son administration et sa stabilité politique.
Pour Lolo Kyungu, la crise actuelle traduit également la détérioration progressive des relations entre Jacques Kyabula et sa famille politique naturelle, l’Union sacrée de la Nation. Il estime que les tensions accumulées au fil des mois ont fini par transformer les divergences internes en véritable rupture politique.
Selon lui, une partie des forces politiques proches du pouvoir reprochait déjà à l’ancien gouverneur une gestion jugée trop personnalisée ainsi qu’un éloignement progressif des attentes de la base politique de l’Union sacrée. A cela se seraient ajoutées des incompréhensions persistantes autour de certaines difficultés de gouvernance régulièrement attribuées aux pressions de Kinshasa.
Lolo Kyungu considère également que la volonté supposée de Jacques Kyabula de structurer autour de lui une dynamique politique autonome a contribué à accentuer les tensions avec la plateforme présidentielle. Dans le contexte politique congolais, marqué par des rapports de force permanents et des enjeux de fidélité politique, cette autonomie progressive aurait été perçue comme une prise de distance stratégique.
Concernant la succession, l’analyste estime que les calculs politiques convergent désormais vers une reprise directe du gouvernorat par l’UDPS. Selon lui, le parti présidentiel semble considérer que le contexte actuel lui est favorable pour revendiquer cette fois-ci la tête de l’exécutif provincial.
Lolo Kyungu rappelle qu’auparavant, l’UDPS avait accepté de céder le gouvernorat à un allié tout en conservant le poste de vice-gouverneur. Mais à l’en croire, les équilibres ont changé et plusieurs signaux indiqueraient désormais une volonté du parti présidentiel de consolider son contrôle politique sur le Haut-Katanga.
Dans les coulisses, observe-t-il, les tractations politiques auraient déjà commencé. Des alliances discrètes se forment, des ambitions émergent et plusieurs noms circulent déjà [ sans les citer, Ndlr] parmi les potentiels candidats à la succession de Jacques Kyabula.
Au-delà des individus, Lolo Kyungu estime surtout que cette crise met en lumière la fragilité persistante des institutions provinciales face aux recompositions politiques permanentes. Pour lui, le Haut-Katanga donne aujourd’hui l’image d’une province dont les équilibres restent fortement dépendants des tensions nationales et des intérêts des grandes familles politiques.
En attendant une clarification officielle des institutions centrales sur la suite du processus, l’analyste considère qu’une chose paraît désormais acquise : la page politique de Jacques Kyabula semble tournée, mais les incertitudes sur l’avenir politique du Haut-Katanga, elles, demeurent entières.
Il convient de rappeler que Lolo Kyungu et sa formation politique figurent parmi les tout premiers acteurs à avoir dénoncé ouvertement la manœuvre politique ayant conduit à l’éviction de Jacques Kyabula, à une période où même certains cadres de l’UDPS et plusieurs composantes de l’Union sacrée préféraient le silence, l’ambiguïté ou la prudence calculée. Dans le même élan, leur soutien affirmé à Martin Kazembe a contribué à consolider sa position dans un contexte particulièrement tendu. Par leur constance et leur prise de risque politique, Lolo Kyungu et son parti apparaissent aujourd’hui comme des acteurs dont la loyauté et le courage méritent une attention particulière de la part des instances dirigeantes de la majorité au pouvoir.
Jeef Mwingamb