Une bombe sociale à retardement que l’État ignore
L’espace Grande Katanga, notamment les provinces du Haut-Katanga, Lualaba ainsi le Haut-Lomami, est le théâtre d’un afflux massif de populations venues d’autres provinces (surtout) du centre du Congo. De tout le temps, l’on pouvait penser ces mouvements migratoires ont pour cause de la guerre ou d’une quelconque catastrophe naturelle, il n’en est pas question. Ces populations généralement très démunie [matériellement] se déplacent, fuyant la pauvreté accrue, la famine, le chômage exponentielle et l’insécurité accentuée dont elle-même en sont auteurs. Au départ, c’est la catégorie des jeunes qui était plus concernée, mais ce dernier temps, tous âges confondus (jeunes et vieux) sont touchés. Les villages entiers et certaines agglomérations urbaines se voient vidés de leurs éléments actifs pouvant répondre aux défis soulevés. Elles convergent vers ce qui reste perçu comme l’« Eldorado minier » du pays.
Mais faute des politiques publiques d’accueil et de plan sécuritaire approprié, cet exode tourne déjà à la crise humanitaire et menace la stabilité des provinces d’accueil, pourtant des espaces clés pour la survie de la République démocratique du Congo.
Un exode silencieux mais massif
L’espace Grand Katanga est depuis [surtout] ces 5 ou 6 dernières années bondé d’un afflux considérable des populations en provenance des provinces de Lomami (par Mwene –Ditu), du Kasaï Central (par Lwiza) et du Kasaï Oriental comme du Sankuru par Kamina, souvent marchant à pied avec bagages. Une réalité triste qui devrait alerter le pouvoir public pour certaines dispositions, bien que la Constitution de la république consacre que : « Tout Congolais………… ».
Sur la route Kasumbalesa comme à l’entrée de Likasi, Kolwezi, les camions bondés déversent chaque jour des milliers des familles entières. Des parents épuisés, des enfants amaigris, des jeunes désœuvrés et vieillards sans lendemain.
Selon des observateurs de la société civile, le mouvement a pris une ampleur inédite avec la deuxième mandature de l’actuel Chef de l’Etat en qui les Congolais dans leur ensemble ont fondé l’espoir du changement positif comme, promis lors de la campagne et au regard du programme du gouvernement. Mais hélas, sans aucun encadrement officiel. « Les marchés et les églises se transforment en dortoirs, les rues en refuges pour enfants abandonnés dont le nombre ne cesse d’accroitre. C’est une tragédie humaine à ciel ouvert », confie pitoyablement un acteur associatif de Lubumbashi.
Les autorités : absentes ou spectatrices ?
Le constat est amer : ni le gouvernement national, ni les exécutifs provinciaux moins encore les municipalités n’ont anticipé la situation. Les gouverneurs des provinces touchées par ce ‘’drame’’ se sont contentés d’appels au calme, sans plan concret. Les quelques efforts spectaculaires entrepris en collaboration avec le Service National (SN), parfois mal coordonnés ont, non seulement suscité de la grogne populaire, mais aussi demeurent insuffisant faute des mesures efficaces d’encdrement malgré les moyens colossaux y consacrés.
Pendant ce temps, les services de sécurité se retrouvent débordés. La police urbaine n’a pas renforcé ses effectifs et les patrouilles ne suffisent pas à prévenir les débordements liés à cette migration interne.
Cet afflux exagéré agit comme un catalyseur de tensions déversant environ 5000 nouveaux arrivants chaque semaine (dans le Haut-Katanga dont 65% d’enfants et de jeunes de moins de 18 ans, selon les estimations de la société civile). On assiste dans les principales agglomérations urbaines du Grand Katanga (Lubumbashi, Kolwezi, Kasumbalesa, Likasi, Fungurume et autres) à une insécurité urbaine récurrente en bande organisée et des vols à main armée (par des gangs connus sous le nom de SUICIDAIRES) et de petits larcins attribués à des jeunes sans ressources. Une autre conséquence est économique avec la flambée des prix suite à la loi de l’offre et de la demande. Ceci a d’autres effets d’entrainement persistants comme les marchés pirates, l’augmentation de l’insalubrité, la détérioration de l’environnement dans les milieux péri-urbains. Sur le plan social, on dénonce, outre un encombrement des quartiers périphériques, la propension ou le renforcement de certaines manies qui se heurtent à la culture des lieux d’accueil (bref, un exode en hommes et en mentalités), la multiplicité des personnes invalides vouées à la mendicité pour survivre. Comble de tout, la couverture à une seule tendance politique comme signe de protection ne favorise pas le vivre-ensemble
Les alertes de la société civile
Le cadre de concertation de la société civile dans le Haut-Katanga du Haut-Katanga par le biais de son écho de la Gouvernance sécuritaire et paix, a tiré la sonnette d’alarme : « Depuis trois mois, nous observons un mouvement non contrôlé de l’exode vers le Haut-Katanga et le Lualaba. Si les conditions d’accueil ne sont pas réunies, soyez rassurés que ces provinces vivront l’enfer ici sur terre. »
Tout en étant pragmatique, il formule des recommandations claires ci-après en vue de juguler tant soi peu les effets de cette bombe qui fait déjà sentir ses effets et dont le pire est à craindre. Parmi ces recommandations, il y a lieu de penser à la réserve alimentaire stratégique si l’on sait bien que d’autant plus dans cette partie du territoire national est plus dépendant de l’importation des denrées de la Zambie et autres pays de l’Afrique Australe. La création des nouveaux emplois d’urgence pour résorber le chômage devenu exaspérant pour tous ces jeunes, créer des centres supplémentaires d’accueil provisoires et renforcer les dispositifs sécuritaires dans les zones sensibles où les soulèvements sont souvent perçus.
Ce n’est plus un secret. La crise est déjà palpable et tout le monde en est quotidiennement témoin. « Chaque soir, des enfants dorment devant nos boutiques. Nous partageons ce que nous pouvons, mais nous ne sommes pas préparés à ce tsunami humain », témoigne une commerçante du marché Mzee Laurent-Désiré Kabila. A Lubumbashi, les meutes des enfants en rupture familiale dits ‘’Shegue’’ sont observées à tous les endroits stratégiques (en diagonal de QG de la police nationale Congolaise croisement les boulevards Kamanyola – Mzee LDK, rond-point du tunnel par où passe le maire de Lubumbashi pour aller regagner sa demeure, en face directe du palais de justice et de l’hôtel de ville, rond-point Kilela-balanda non loin du siège de l’Assemblée provinciale, sur la route du golf, passage obligé de toutes les autorités, etc). Pourtant, observez les lieux occupés par ces sans-abris et laissés pour compte : tous les pouvoirs régaliens sont mis au défi par ces jeunes compatriotes. La population locale redoute que cette vague de misère transforme les capitales provinciales en poudrières sociales.
Face à cette situation explosive, l’exode rural ou interprovincial se présente comme une urgence oubliée. On a l’impression que l’attitude des autorités le considère pour un fait divers, et non un signal national. La faillite visible du pouvoir public à anticiper et à gérer ce mouvement migratoire interne risque d’avoir des répercussions à long terme : sur l’économie locale, la sécurité et la cohésion sociale.
Cette sonnette d’alarme qui n’est pas la première ne semble pas atteint l’ouï attentive des décideurs. Mais jusqu’à quand ?
L’œil du Jaguar