Johannesburg – L’Afrique du Sud s’apprête à accueillir une rencontre de haute portée symbolique et politique en faveur de la paix en République démocratique du Congo (RDC). Sur l’initiative de la Fondation Thabo Mbeki, du nom de l’ancien président sud-africain et artisan du dialogue inter-congolais de Sun City en 2002, une grande conférence consacrée à la paix et à la sécurité en RDC sera tenue du 3 au 6 septembre 2025 en Afrique du sud. Cette initiative ambitionne de rassembler autour d’une même table les voix les plus influentes et souvent antagonistes de la scène politique congolaise.
Des invités de poids pour un rendez-vous inédit
Sont invités à ce grand rendez-vous inédit, des acteurs politiques et militaires de premier plan, en l’occurrence l’ancien président de la République Joseph Kabila Kabange, le président d’Ensemble pour la République, Moiise Katumbi Chapwe, le leader de l’Ecidé, Martin Fayulu Madidi, l’actuel président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe Lwa Kaningini. Ils sont aussi concernés par ce rendez-vous, certaines figures ’’controversées’’ telles Corneille Nangaa, chef de file de la coalition AFC/M23, et l’ex-seigneur de guerre Thomas Lubanga. A leurs côtés, sont également concernés à participer le conseiller en sécurité du président de la République, Eberande Kolongele, ainsi que des représentants de la CRP, de la CENCO et de l’ECC.
Ce rassemblement, inédit par sa diversité, se veut un espace où les divergences politiques, militaires et idéologiques pourraient, pour une fois, laisser place à une réflexion commune sur l’avenir du pays.
23 ans après Sun City : un nouveau pari sur le dialogue
La conférence intervient dans un contexte marqué par des tensions persistantes: violences armées dans l’Est du pays, méfiance entre institutions, fractures politiques, et un climat social fragilisé par la perte de confiance du peuple envers ses dirigeants.
Vingt-trois ans après les accords de Sun City, qui avaient ouvert la voie à une transition politique ayant abouti à la suite de trois cycles électoraux. Malgré cette stabilité institutionnelle qui a eu comme couronnement la première alternance pacifique, de profondes frustrations persistent depuis l’avènement de l’actuel président de la République. Cette rencontre s’annonce donc comme un moment de vérité pour construire une paix durable et définitive. Pour les organisateurs, il ne s’agit pas de répéter l’histoire, mais de renouer avec l’esprit du dialogue et de placer « l’humain au cœur des discussions », selon un proche de la Fondation Thabo Mbeki.
Un test pour la classe politique congolaise
Au-delà des discours, la rencontre de Johannesburg est un test majeur pour les élites congolaises. L’Afrique du Sud, fidèle à sa tradition de médiation et forte de son image de « nation arc-en-ciel », offre une plateforme de réconciliation. Mais la sincérité des engagements des participants sera déterminante.
La RDC, n’a jamais cessé de chercher la paix, souvent entravée par des intérêts divergents, des logiques de pouvoir et des ingérences extérieures. Cette conférence pourrait ouvrir un nouveau chapitre si elle réussit à dépasser les calculs partisans pour privilégier l’intérêt national.
L’espoir d’un souffle nouveau
Alors que de nombreuses voix au sein de la société civile appellent à une refondation du pacte national, ce rendez-vous pourrait marquer un tournant. La paix, rappelle la Fondation Mbeki, « ne se décrète pas, elle se construit dans l’écoute, le respect et la responsabilité collective ».
En tendant la main à son grand voisin du Nord, l’Afrique du Sud relance l’espoir d’un dialogue sincère. Reste à savoir si les acteurs congolais sauront saisir cette opportunité. Car au bout du chemin, c’est peut-être un nouveau souffle pour la RDC qui se dessine.
La présence du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, qui séjourne en Afrique du Sud depuis le jeudi 28 août 2025 pour raison de santé, dit-on, suscite des réactions vives dans les couloirs du pouvoir à Kinshasa. Car sa visite au pays de Nelson Mandela coïncide avec la tenue prochaine de cette conférence de paix convoquée par Thabo Mbeki.
Le gouvernement de Kinshasa a quant à lui, rejeté officiellement l’invitation de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki à un dialogue africain sur la paix et la sécurité. C’est son porte-parole, Patrick Muyaya qui l’a affirmé en disant que : « cette décision repose sur l’ambiguïté des positions de Mbeki face à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC ». Les autorités congolaises estiment que l’ancien président sud-africain ne représente pas un médiateur neutre dans ce dossier sensible.
Kinshasa voudrait privilégier désormais le suivi de l’accord de paix de Washington (RDC–Rwanda), signé en juin 2025, et le rôle du mécanisme conjoint mis en place avec l’appui des partenaires régionaux et internationaux.
Jeef Mwingamb